Disparue ~1~

 

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En arrivant tôt au commissariat, Maximilien s’attendait à un peu de tranquillité. Un instant, il se sentit même en confiance. Sur son bureau, d’habitude désolé par un vide minimaliste, trônait bien en évidence une chemise de couleur bleue. Il l’aperçut au premier regard en prenant son poste. Le code couleur des dossiers correspondait au niveau d’urgence et d’importance des enquêtes. Violet réclamait des compétences éprouvées, rouge de l’expérience, orange de la détermination, bleu convenait à un challenge, et vert équivalait à connaître précisément le fonctionnement d’une photocopieuse. Maximilien, jusqu’à ce jour, se cantonnait au premier niveau d’investigation, le vert. Cette promotion annonçait, peut-être, le changement qu’il espérait tant. La tranquillité s’installerait alors durablement. Maximilien s’en étourdit et s’assit dubitatif devant la maigreur des documents proposés.

Ce moment de flottement ressemblait à une éclaircie, une pause, avant la pluie de sarcasmes ordinaires s’abattant sur son quotidien. Il s’était habitué au mépris de ses collègues. Un parapluie de méchanceté les abritait tous d’un excès de gentillesse, un vice intolérable quand on fréquente assidûment la grande délinquance. Ils étaient blindés contre la pitié. Maximilien Bamby personnifiait leur exutoire idéal. Son mètre quatre-vingts compensait laborieusement son allure chétive. Les plaques d’eczéma qui recouvraient ses mains, son cou, et une partie du visage le rangeaient dans la catégorie naturelle des pestiférés. Sa timidité, ou plutôt sa discrétion, l’excluaient des rires gras et lourds qu’usaient les flics de sa brigade, tous gonflés d’orgueil. Devanture affligeante d’hormones mâles en vadrouille, à la recherche d’une proie facile. Un divertissement gratuit.

La place de Bamby dans l’équipe tenait grâce à sa docilité. Il était pas chiant et obéissant. Son café sentait bon, ses rapports concis et sans fautes d’orthographe. Une secrétaire exemplaire. Un atout dans la police judiciaire de Marseille. Évidemment, ses supérieurs le confinaient aux enquêtes basiques. Violence conjugale, embrouille entre voisins ou menus larcins constituaient l’essentiel de son activité. Résoudre le manque d’intelligence des concitoyens du quartier remplissait ses journées. Les meurtres, le crime organisé, le trafic de drogue concernaient exclusivement un personnel qualifié et se réglaient à grandes doses de testostérone. Des muscles et de couilles, quoi ! Puis fallait pas que ce baltringue se mette à briller, à rentrer dans la lumière. À faire de l’ombre. L’équilibre, une juste répartition des rôles, assurait le bon fonctionnement du commissariat. Mais aucun n’imaginait combien la présence de Maximilien était nécessaire au service. Sans un bon café, comment tiendraient- ils, éveillés, en planque, toute une nuit ?

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