STONE LAND

StoneLand

J’en reviens. J’ai passé quinze jours là-bas. Ou un mois. Le temps s’écoulait différemment de nos habitudes occidentales. Des fois il s’accélérait, à d’autres moments il ralentissait. Comme chez nous, oui. Mais rien ne nous pressait, contrairement à ici. Il est donc difficile de donner des précisions quotidiennes de mon emploi du temps, d’autant plus, et je le comprends seulement maintenant, que ce n’est pas le plus intéressant, les horaires. Je pense aux montres molles de Dali, je vivais exactement le même sentiment, l’impression d’une déformation de la temporalité. De pénétrer une nouvelle dimension, faite uniquement de sensation. Intacte et pure. Le moment de manger était dicté par mon estomac. Celui de me reposer avec une bonne sieste, par ma fatigue. Le seul rythme imposé provenait de celui du soleil. Et de la lune aussi. Mais chacun s’adaptait selon son humeur, sa joie ou sa tendresse, ses émois ou sa paresse. La fluidité de l’espace me coulait dessus ou plus exactement je me glissais dans l’instant en refusant de le quitter jusqu’à ce que mon esprit s’éveille et me demande de visiter un nouvel endroit, à un autre moment. Mais, rien ne les rattachait entre eux, si ce n’était moi et personne d’autre. D’ailleurs je n’étais plus exactement le même à chaque nouvelle escapade, et rien ne m’ennuyait par conséquent. Tout était neuf et différent. J’appréciais simplement. Par mes sens qui me guidaient. Je plaçais en eux toute ma confiance et ne me souciait plus des détails, surtout ceux indépendants de ma volonté.

 J’errais sans m’appesantir sur les minutes qui venaient et qui partaient. De toute façon, elle ne faisait que passer, sans jamais s’arrêter. Alors, à quoi bon s’y attarder, à m’alourdir de leurs indifférences. Aussi je les traitais de la même manière : avec ignorance. Et plus rien ne comptait vraiment, puisque pour la première fois je me retrouvais au centre, au centre de mon attention. Et de là je pouvais tout voir, tout ressentir, tout pressentir. Il n’y avait plus d’avant ni d’après, seulement un cercle autour duquel je tournais indéfiniment, en spirale. Je m’évanouissais dans mes illusions. Je me dissolvais en elles. Demain était hier. Aujourd’hui n’existait plus. Je m’abandonnais aux éléments, saisissant ceux qui me paraissaient le plus séduisants.

Toutes et tous, nous agissions selon nos sensibilités en nous focalisant sur nos meilleurs sentiments, pareils à ceux qui suspendent le temps en s’aimant. Si bien que chacune de nos bulles d’air chargées d’impertinences courtoises se rencontrait au gré de nos intérêts, systématiquement avec passion. Et de là, des échanges naissaient, interrompant le reste des évènements. Seul le rendez-vous comptait. Parce que celui ou celle que je voyais me racontait une histoire qui me touchait, la mienne. Mes réactions m’interpellaient et me faisait sentir moi, celui qui j’étais vraiment, sans même m’en rendre compte. La discussion durait ou s’écourtait en imposant le respect puisqu’automatiquement en apprenant qui j’étais, j’offrais à l’autre son reflet. La conversation évoluait au gré de ses nouvelles connaissances aux nécessaires insolences.

Quand je me retrouvais seul, je me souvenais, ou me projetait. Pas en arrière ni en avant, mais tout autour de moi, au cercle de mon attention, le seul endroit vrai. Celui qui me faisait sentir vivant.

— Pourquoi es-tu revenu de ce lieu magique ?

— Mais je n’en suis pas encore parti. Laisse-moi juste le temps de rouler le prochain pour m’y prélasser.

 

 

YPbd@août2018 #HistoireCourte

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